Un peu d'Histoire

La Canne utilisée pour la fabrication du sucre et du rhum agricole n'est pas originaire des Antilles ou même de la Caraïbe.
En effet elle fut introduite par Christophe Colomb et certains seigneurs propriétaires. Importée d'Asie, puis d'Afrique elle servait déjà à la fabrication du sucre en Espagne dès le 13ème siècle.
Nous devons l'introduction de la canne en Martinique au Seigneur Du Parquet neveu de Belain d'Esnambuc (gentilhomme normand) qui en 1635 repris en main la Martinique qui était alors négligée par les espagnols. Le seigneur Du Parquet est à l'origine de la croissance exceptionnelle que la Martinique a connu. Les cultures de tabac, coton, indigo, d'épices puis du sucre vont faire de la Martinique une des îles les plus productives de la Caraïbe.
Le précieux alcool est envoyé par milliers de litres vers la métropole sur les bateaux du commerce triangulaire *.
Porte de
Gorée, porte du voyage sans retour

(C) Unesco

(C) Unesco
Le rhum très apprécié des marins était également consommé sur le du trajet du retour. Certaines vertus médicinales lui sont même trouvées, et il n'était pas rare que le rhum serve d'antiseptique. La marchandise très convoitée faisait également l'objet des nombreuses attaques de la piraterie.
St Pierre sera avant l'éruption de 1902 le 1er port mondial en ce qui concerne le commerce du Rhum et du sucre. L'éruption de la montagne Pelée marque sévèrement l'industrie martiniquaise avec la destruction totale ou partielle des distilleries du nord Caraïbe. Les champs, les stocks sont totalement détruits y compris ceux déjà chargés dans les nombreux navires présents dans la baie et qui seront tous coulés. La baisse d'activité sera de 37% avant que l'économie reparte à partir de 1905. Le sucre était à l'époque la monnaie de référence bien avant l'Or et le Dollar.

Cependant les techniques connues à l'époque ne permettent pas une culture optimale et beaucoup de la matière première était perdue dans le processus de fabrication du sucre. Il faudra attendre l'arrivée du Père LABAT et de toute sa science en 1694 pour tirer le meilleur de la canne.
Du tafia** de qualité médiocre, même si il était très prisé des flibustiers présents dans les ports, nous allons passer progressivement au Rhum Agricole de qualité qui fera l'objet de la plus grande attention et qui sera par la suite exporté en grandes quantités vers l'Europe.
* Le commerce triangulaire est à l'origine de la déportation de millions d'africains. Les bateaux partaient d'Europe avec des
armes et d'autres produits qu'ils échangeaient en Afrique contre des esclaves. Ceux qui survivaient à la traversée de
l'Atlantique étaient alors de nouveaux échangés contre le sucre, le rhum et les épices à destination des ports de Nantes ou
Bordeaux.
** Pour obtenir le tafia le jus de canne était chauffé puis refroidi afin d'en cristalliser le sucre. La mélasse résiduelle était alors mise à fermenter pour obtenir l'alcool. Par la suite l'amélioration a consisté à décaler le processus de fermentation dès l'obtention du jus de canne frais.[/color] Origine de l'expression "Tafiateur" ou "Tafiatè" : Les flibustiers et les colons étaient très friands de cet alcool au point d'être retrouvés ivres morts régulièrement dans les ports. L'expression prend donc sa source de ces mauvaise habitude alcoolique...
LA CANNE
Le Saccharum officinarum est le nom scientifique de la Canne à sucre. Ses tiges mesurent de 2 à 5m, pour une diamètre allant de 3 à 10cm.


Cette richesse en sucre est maximale près de la souche et décroît à mesure que l'on se rapproche des feuilles. Dans certaines plantations la canne est brûlée avant récolte. Ce procédé n'est pas obligatoire et n'a pour objet que de faciliter la coupe ou de chasser les éventuels serpents ou scorpions (surtout en Martinique). La distillerie NEISSON du Carbet a choisi pour sa part de ne pas recourir à cette méthode. La coupe pour sa port peut être manuelle ou mécanique.
Là encore tout est question de choix et/ou de superficie à traiter.
Le transport à l'Usine
Les champs de canne ne sont pas toujours à proximité des usines et des distilleries. Depuis la période de l'esclavage le problème du transport s'est posé. Au tout début il y a eu les chariots tirés par les animaux (chevaux, ânes ou boeufs) puis à une époque plus avancée les chemins de fer se sont imposés aux Antilles.
Tracteur arrivant à la distillerie St James.Marie Galante dispose d'une spécificité originale. Le transport de la canne entre les hauteurs des champs de Capesterre et l'usine de Bernard s'est longtemps fait via un téléphérique. Les vestiges du mécanisme sont également encore visibles.
A l'arrivée
à l'usine les cannes sont pesées et
découpées si elles ne l'ont pas
déjà été sur les champs.


Le lavage
Le lavage est une opération simple qui vise simplement à laver les morceaux de cannes et y enlever les 1ères impuretés grâce à un jet d'eau assez puissant.
Le broyage
Le broyage a pour but d'extraire le jus de canne de la tige. Le jus aussi appelé Vésou est ensuite récupéré, analysé pour mesurer sa richesse en sucre son PH et son goût. Cette 1ère analyse peut déjà déterminer si il s'agira d'un bon cru ou non.

Prise d'échantillon de jus de canne

C'est ici dans ce bouilleur que la vapeur d'eau est chauffée avant introduction dans la colonne
Moulin à bête à l'Habitation Clément

Roue a Aubes (Habitation DEPAZ)


La Bagasse
A l'issue du
broyage le ratio est d'environ 70% de Vésou et
30% de Bagasse.
La Fermentation
Cuve NEISSON

Cuves DEPAZ
La Distillation
La Colonne à distiller est l'outil dont la technologie et les secrets de conception sont les mieux gardés. La colonne se compose d'environ 15 plateaux. Le vin obtenu après la fermentation est chauffé et introduit par le haut de la colonne.

C'est ici dans ce
bouilleur que la vapeur d'eau est chauffée
avant introduction dans la colonne.

Colonne Savalle de la distillerie NEISSON en fonction depuis 1958

Instruments de contrôles de la colonne permettant notamment
de mesurer le degré d'alcool du Rhum
Maturation, Réduction et Vieillissement
Afin d'éliminer les dernières impuretés ainsi que les composés les plus volatiles, et d'améliorer sa qualité gustative, l'alcool issu dela distillation est mis en maturation dans des cuves destockage ou il est brassé pendant 4 mois.
Pour obtenir du Rhum Agricole à un degré raisonnable (40 à 62°) la Réduction est appliquée. L'opération consiste à mélanger l'alcool à de l'eau de source. L'usine DEPAZ utilise par exemple l'eau dela source Goyave qui prend naissance à flanc de volcan
Cuves de Maturation
DEPAZ et NEISSON
Le vieillissement s'applique aux rhum paille laissé un an sous bois et au rhum vieux conservé minimum 3 ans dans des fûts de chêne
Chai de vieillissement Clément

Chai de vieillissement NEISSON
Chai de vieillissement DEPAZ
Le Rhum étant devenu un alcool très recherché par les collectionneurs du monde entier, au même titre que les grands vins, les marques rivalisent désormais d'imagination sur les formes et les couleurs des bouteilles. Certaines sont d'ailleurs en éditions limitées. Une marque est généralement reconnue en un regard grâce aux formes de ses bouteilles.
Par la suite la production est répartie entre le marché local et l'exportation qui s'élargit de plus en plus. Au delà des caves françaises le Rhum agricole des Antilles est exporté vers les Etats Unis, le Canada et l'Asie. Les degrés sont variables selon les goûts des acheteurs. Les marques bien conscientes de l'attrait du rhum antillais ont décidé de se prendre en main et certaines associations ont vu le jour. Le rhum Damoiseau de la Guadeloupe et le rhum Clément de la Martinique travaillent notamment main dans la main dans le cadre de leurs campagnes de promotions.
Les campagnes publicitaires sont menées en France par des antillais qui sont certainement plus motivés à défendre le produit de leurs terroirs. Cette politique d'expansion se traduit aussi par une présence croissante sur Internet....
Mise en bouteille à la distillerie Neisson

Rhums et cuvées spéciales de Rhums de Martinique








